| The Clarinet Album | |||||
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MRR - 1994, February Avue: J'étais assez sot pur croire Tony Scott perdu pour le jazz -et
je n'étais sans doute pas le seul. J'étais convaincu que son unique sonorité
de bois et d'émotion nue, balisant de tendres écorchures l'ensemble du
spectre sonore que couvre la clarinette, s'était à jamais évaporée dans
ces musiques que l'on n'appelait pas encore New Age à l'époque (les années
'60) et qui constituaient l'unique matériau des Music for Zen Meditation,
Music for Yoga Meditation et cie. Mais apparemment, quand on a été aussi
loin que Tony Scott dans le processus bleu, on n'est jamais tout à fait
évaporé: et on garde au fond de soi la force tranquille du phœnix prêt
a renaître de ses cendres pour chanter à nouveau, autrement que sous forme
de mélopées exotico-philosophico-planantes, son propre karma; pour rejouer
, à fond, la carte du jazz. En réalité, l'homme n'avait guère cesse de
jouer mais, après son long exode en Extrême-Orient, il sillonnait davantage
l' Europe à l'Est, qu'à l'Ouest de certain mur aujourd'hui déracine: par
ailleurs, les activités de ce nomade impénitent et non-conformiste échappaient
en général aux classifications de la critique blasée ou réactionnaire.
C'est à l'obstination et à la passion, déjà souvent évoquées dans ces
colonnes, du merveilleux Paolo Piangerelli, sans doute un des para jazziques
européens les plus inspires - et le moins blasés! - de l'heure, que l'on
doit ce fascinant retour au bercail de l'enfant prodigue…. Tony Scott…qui
avait été, parallèlement a son travail de mainstream ( aux cotes de Billie
Holiday par exemple), une sorte de pionnier maudit de la modernité bleue. Et ce malgré la brèche stylistique et épistémologique qui sépare les
deux aventure : architecte avant-gardiste de la texture sonore en 57,
Tony Scott est dans The Clarinet album, le garant d'une Tradition qui
constitue en somme l'ombilic musical du XX° siècle. Mais une brèche n'est
jamais qu'une brèche qui ne peut masquer les chaloupantes corrélations:
même richesse de timbre, même puissance émotive, même sens dramatique
du crescendo et des contrastes, même parcours sans fautes de l'intimisme
velouté et bouleversant du registre grave aux tortueux déboulés dans l'aigu
ou le suraigu, même fragilité aussi, tant dans le phrasé hors-normes que
dans la sonorité, à tel point que, dans l'aigu précisément, a l'instar
de celle du Miles des années '60 ou du Chet chanteur des années '80, cette
sonorité inégalable semble souvent s'aventurer aux limites de la justesse
: faut-il le dire, il s'agit là de Grand Art Equilibriste et non d'approximation
ou de déficience technique! |
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